D‘avril à juin : mercredi et week-end, de 14h à 18h. Juillet et août : du mardi au dimanche de 14h à 19h. Septembre et octobre : mercredi et week-end, de 14h à 18h.
Individuel en visite libre : 3€, gratuit - de 10 ans. Groupes nous consulter. Abonnement annuel 8 €. Téléphone : 04 75 41 04 41
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La réserve naturelle a pour vocation de protéger des habitats naturels fluviaux, une faune et une flore exceptionnelle.
Lors de la création de la réserve naturelle en 1987, les connaissances sur le fonctionnement de l'hydrosystème étaient très partielles, voire erronées. Les inventaires ne concernaient que les vertébrés et une partie seulement de la flore.
Une part importante du travail du gestionnaire de la réserve a été consacrée à parfaire la connaissance du site. Des inventaires et des suivis ont été réalisés par le personnel et les sympathisants bénévoles de la réserve, une partie a fait appel à des partenaires venus de l'extérieur (Associations naturalistes, universitaires, organismes publics ...) etc. La réserve a toujours cherché à conforter les partenariats, soutenir le travail des scientifiques dans la réserve et archiver les informations brutes issues de ces recherches.
Le champ d'investigation des sciences de la nature est immense. Il est à la fois impossible de travailler sur tous les sujets et de faire la synthèse de toutes les connaissances acquises. Ce document se limitera donc à faire le point sur les sujets qui apparaissent devoir être pris en compte et peser sur la gestion du territoire protégé de la réserve naturelle. La priorité est donnée à la conservation des habitats naturels alluviaux et des espèces caractéristiques de ces habitats
La bibliographie naturaliste du site des Ramières est maintenant assez fournie. Elle illustre parfaitement la diversité des travaux qui ont été menés depuis 20 ans.
Jusqu'à présent, il n'existe pas de synthèse des connaissances naturalistes sur la réserve. Ce travail vise donc à combler cette lacune. Ceci est d'autant plus utile que certains aspects des richesses de la réserve restent assez méconnus et n'ont fait l'objet ni d'une publication ni d'un rapport d'étude.
La principale particularité de la réserve des Ramières doit être définie ici : Tous les habitats naturels méritant une action de conservation sont ici liés à l'hydrosystème de la plaine alluviale de la rivière Drôme. Le maintien ou le développement des espèces « patrimoniales » dépend avant tout de la bonne santé et d'une gestion équilibrée et durable de l'hydrosytème.
À l'état naturel, la rivière Drôme est un cours d'eau à forte charge de fond, typique des piémonts sub-méditerranéens. Son originalité tient à plusieurs caractéristiques : cours d'eau en tresses d'une longueur assez rare (110 km) pour les Alpes occidentales, absence de grands aménagements, fonctionnement hydrologique non perturbé, valeur écologique exceptionnelle de certains secteurs. Au total, par ses caractères paysagers, floristiques et faunistiques, la rivière et ses affluents contribuent à faire de la vallée un site remarquable aux potentialités tout à fait exceptionnelles.
Trois grands types d'habitats naturels couvrent le territoire de la réserve. Bien que liés aux mêmes conditions imposées par l'hydrosystème capricieux de la rivière, les caractéristiques de ces habitats sont sensiblement différentes :
1 Les milieux aquatiques (au sens large),
2 Les forêts
3 Les prairies.
L'évaluation écologique de cette gestion repose depuis la directive NATURA 2000 de 1992 sur le principe de « l'état de conservation » si possible « favorable » dans un espace protégé. voir définition ci-dessous. Les inventaires, les suivis et les travaux de recherche doivent être rendus public ; Les objectifs du plan de gestion (BERTRAND, 2000-2) rappellent qu'il faut « faire parler les données » auprès de 3 types d'utilisateurs qui sont les scientifiques, les techniciens et enseignants et le grand public ... La tâche est difficile ; l'une des missions de la réserve est certainement d'assurer la diffusion des informations naturalistes qui la concernent.
Définition des termes
L' état de conservation » :
Conformément à la Directive Habitats,
l'état de conservation d'un habitat naturel sera considéré comme favorable lorsque :
- son aire de répartition naturelle ainsi que les superficies qu'il couvre au sein de cette aire sont stables ou en extension
- la structure et les fonctions spécifiques nécessaires à son maintien à long terme existent et sont susceptibles de perdurer dans un avenir prévisible
- l'état de conservation des espèces qui lui sont typiques est favorable..."
l'état de conservation d'une espèce sera considéré comme favorable lorsque :
- les données relatives à la dynamique de la population de l'espèce en question indiquent que cette espèce continue et est susceptible de continuer à long terme à constituer un élément viable des habitats naturels auxquels elle appartient
- l'aire de répartition naturelle de l'espèce ne diminue ni ne risque de diminuer dans un avenir prévisible
- il existe et il continuera probablement d'exister un habitat suffisamment étendu pour que ses populations se maintiennent à long terme ..."
Pour qualifier de favorable l'état de conservation d'une espèce, plusieurs éléments sont à prendre en compte :
L'évaluation du niveau de vulnérabilité de l'espèce, basée sur le calcul d'un indice effectué à partir d'une grille de critères comme l'estimation des effectifs pour une aire biogéographique donnée, l'évolution de ces effectifs et de leur distribution, la fragilité intrinsèque des populations ;
- L'évaluation des menaces pesant sur l'espèce, leur impact, leur durabilité et leur réversibilité.
Il faudra donc analyser les tendances évolutives réellement constatées et ne pas se baser seulement sur une simple évaluation des menaces.
De plus la notion d'état de conservation d'une espèce est à rattacher obligatoirement à une aire biogéographique ou administrative donnée. L'état de conservation d'une espèce ou d'une population est considéré comme favorable lorsque la répartition et les effectifs de cette espèce ou de cette population (reproducteur ou hivernant) sont conformes aux caractéristiques biologiques de l'espèce ainsi qu'aux potentialités d'accueil des milieux présents dans cette zone.
« Hydrosystème » : ensemble des milieux naturels en lien avec la dynamique de la rivière. L'hydrosystème fluvial englobe tous les espaces liés au fleuve par les eaux superficielles ou souterraines : cours principal, anciens bras, grèves, forêts ou prairies alluviales.
« Milieux alluviaux »: formations naturelles se développant sur des alluvions de la rivière et connectés à l'hydrosystème, au moins par la nappe. Dans le cas spécifique de la Drôme (incision récente), les espaces récemment déconnectés de la nappe y sont intégrés.
LES MILIEUX NATURELS
La réserve naturelle a pour vocation de protéger des habitats naturels fluviaux, une faune et une flore exceptionnelle
ÉVALUATION DE LA VALEUR PATRIMONIALE :
DESCRIPTION DES HABITATS
extrait du diagnostic écologique réalisé pour le plan de gestion de la réserve naturelle, FATON J.M. (2002)
b/ Landes à Salix eleagnos, Salix purpurea et Populus nigra
e/ Prairies alluviales : Lande xérophile à Populus nigra imbriquée avec une pelouse xérophile à Bromus erectus
Documents cartographiques sur la végétation de la réserve naturelle des Ramières
Diversité et originalité floristique de la Réserve des Ramières
Du fait de sa situation géographique, la réserve est soumise à diverses influences climatiques, continentales, méditerranéennes et même montagnardes. Ces facteurs climatiques, joints aux caractéristiques géomorphologiques et hydrologiques de la plaine alluviale de la Drôme, créent les conditions nécessaires pour le développement d'une très grande diversité d'espèces végétales. 650 espèces végétales avaient été recensées, mais cet inventaire ne pourra jamais être vraiment complet, car les eaux de la rivière charrient des boutures et des graines arrachées au bassin versant de la Drôme et celles-ci, si les conditions leur sont favorables, peuvent s'installer sur le territoire de la réserve, soit temporairement, soit définitivement. On compte notamment 103 espèces d'arbres et d'arbustes et arbrisseaux (ou phanérophytes) dans la réserve, soit les 2/3 de celles qui sont recensées dans le département de la Drôme. Ce grand nombre de phanérophytes englobe des espèces indigènes (* 77) et d'autres naturalisées (* 26). Ces dernières proviennent de graines et boutures d'espèces introduites par l'homme dans notre région et qui ont été transportées jusqu'à la Réserve par la rivière. Les deux espèces les mieux acclimatées aux Ramières et maintenant subspontanées sont le robinier faux acacia (Robinia pseudoacacia), originaire d'Amérique du Nord, et l'arbre aux papillons (Buddleja davidii), qui vient de Chine. La Réserve des Ramières comporte des espèces communes aux forêts alluviales de l'ensemble des Réserves fluviales et des espèces plus spécifiques. Parmi les espèces communes, on trouve : l'érable sycomore (Acer pseudoplatanus), le frêne commun (Fraxinus excelsior), le saule blanc (Salix alba), les peupliers blancs et noirs (Populus nigra et P. alba) et l'orme champêtre (Ulmus minor). Les autres espèces plus spécifiques aux Ramières sont : le frêne à feuilles étroites (Fraxinus angustifolia), le chêne pubescent (Quercus pubescens), l'érable de Montpellier (Acer monspessulanum), l'arbre à perruque (Cotinus coggygria), espèces plutôt méditerranéennes ; l'érable à feuilles d'obier (Acer opalus), le sapin blanc (Abies alba) et le hêtre (Fagus sylvatica) qui eux viennent de la montagne. Toutes ces essences sont généralement absentes dans les forêts non alluviales et il est donc crucial de conserver intactes les dernières reliques de ces forêts afin d'en préserver toute la diversité. A signaler la présence d'une petite population de l'Orme lisse (Ulmus laevis = Ulmus pedunculata). A l'écart de la ripisylve, en bordure du lit mineur mais hors d'atteinte des débordements intempestifs de la Drôme, des essences hygrophiles se développent abondamment, surtout dans les deux secteurs de tressage. On y trouve des saules arbustifs dits au port "en boule" : les saules drapés, pourpres et à trois étamines (Salix eleagnos, S. purpurea et S. triandra) qui résistent même dans le lit mineur, et des saules élancés, dont le saule blanc (Salix alba), qui se mêlent parfois aux essences forestières à condition que le sol soit très humide, de même pour les aulnes glutineux et blancs (Alnus glutinosa et A. alba). En ce qui concerne les espèces herbacées, elles représentent la majorité des espèces végétales inventoriées. Du lit mineur à la ripisylve, les conditions stationnelles changent et plusieurs stades successionnels peuvent être observés parmi les groupements herbacés. L'un d'entre eux, les prairies sèches à orchidées, est remarquable par le grand nombre d'espèces rares, appartenant ou non à la famille des orchidées, que l'on peut y rencontrer. Les espèces protégées existant aux Ramières sont : - Ophioglossum vulgatum * langue-de-serpent - Typha minima * petite massette - Ornithogalum nutans * étoile de Bethlehem - Bombicilaena erecta * micrope érigé - Cirsium monspessulanum * cirse de Montpellier - Nigella galica * nigelle de France
METHODES D'ETUDE
La carte phytoécologique de la Réserve a été dressée grâce à la carte au 1/5000ème déjà réalisée par E. BONNEFON-CRAPONNE en 1996 et également à partir de la carte au 1/25000ème des habitats des Ramières, exécutée par Stéphane PISSAVIN de la Réserve Naturelle de l'Ile de la Platière.
Le territoire de la Réserve a été quadrillé en 120 placettes situées à l'intersection de mailles régulières de 200 m de côté du système géographique Lambert III. À chaque point d'intersection, un relevé pédologique et phytologique était si possible effectué en fonction des réalités du terrain. Afin de différencier des groupements proches mais physionomiquement différents, des relevés supplémentaires ont été faits pour quelques placettes. En ce qui concerne les relevés phytologiques, ils ont été réalisés selon la méthode de Braun-Blanquet (1951) qui consiste à affecter à chaque espèce végétale relevée, un coefficient d'abondance-dominance permettant de traduire le pourcentage de recouvrement de cette espèce. Ces relevés ont été effectués dans un secteur floristiquement homogène et pour une aire fixe de 100 m2. Les relevés pédologiques ont consisté à creuser un trou au moyen d'une tarière et d'une bêche, puis à définir les horizons ainsi mis en évidence selon la méthode de DUCHAUFFOUR, en estimant la structure et la composition granulométrique de chacun d'eux. Pour quelques-uns de ces relevés pédologiques, des analyses granulométriques ont été réalisées par le laboratoire d'analyses chimiques agricoles de Bourdeaux.
S. PISSAVIN, chargé de mission à la Réserve Naturelle de l'Ile de la Platière, a travaillé dans le cadre du programme LIFE de la directive européenne habitat, à un inventaire des habitats floristiques d'un certain nombre de sites dont celui des Ramières (PISSAVIN, 1997). Il a ainsi pu établir une carte au 1/25000ème des habitats, décrits selon la nomenclature Corine-Biotope, de la Réserve Naturelle des Ramières.
Ces deux études m'ont servi pour dresser une carte au 1/20 000ème de la Réserve Naturelle des Ramières (FRACHON C., 1998). Celle-ci a été établie à partir des indications du professeur Guy PAUTOU qui a bien voulu nous guider dans le découpage des groupements végétaux de la Réserve et nous indiquer vers quelles formations ceux-ci pourraient évoluer dans quelques dizaines d'années.
Les relevés phytologiques et pédologiques de BONNEFON-CRAPONNE ont été très utiles pour préciser les espèces végétales fréquemment rencontrées dans chaque groupement, la profondeur, la texture et la structure du sol.
Par ailleurs, les photographies aériennes IGN de la Réserve datant de 1932, 1972, 1981 et 1991 ainsi que le plan géométral de 1774 et le cadastre napoléonien de 1818 environ (selon les communes) ont permis de reconstituer l'histoire de la Réserve depuis les endiguements jusqu'aux changements du lit de la Drôme dans les Ramières amont et aval. Il a été possible de connaître, pour certains secteurs de la forêt alluviale, si à un moment ou à un autre des deux siècles précédents, le secteur a été au contact du lit vif de la rivière. Cela c'est généralement traduit par leur enrichissement en éléments fins et par une grande humidité.
PRESENTATION DES HABITATS DE LA RESERVE NATURELLE
(Présentation des habitats de la réserve naturelle)
Habitat correspondant selon la nomenclature Corine-biotope : 24.225 ; assimilé aux habitats des eaux courantes.
Plus de 165 ha sont concernés sur le site des Ramières. 9 types de groupements ont été déterminés pour cet habitat qui présente une mosaïque de fasciés différents; leurs surfaces sont variables en fonction des crues et des saisons.
Ces groupements comprennent le lit mouillé de la Drôme (Groupement de type 1) qui est caractérisé par son fond de galets grossiers et par l'absence de végétation fixée. La hausse de la température en période estivale, jusqu'à 28°c. en pointe, est favorable au développement d'un herbier d'algues vertes filamenteuses sur les galets ou libre dans les zones calmes. Le chenal principal reçoit l'essentiel du débit d'étiage alors que les bras secondaires (Groupement de type 2) sont uniquement parcours par les petites crues, plusieurs fois dans l'année. À l'étiage, généralement de juin à septembre, l'affleurement de la nappe pratique alluviale les maintient partiellement en eau. Ils sont colonisés par des hydrophytes pionniers comme les Charas sp., Nasturtium officinale, Veronica anagallis-aquatica, Groenlandia densa ... La végétation s'installe dans le lit mineur sur les bancs de galets et de sables. Ces milieux sont sans cesse remaniés par les crues qui apportent des éléments fins permettant le semi de végétaux pionniers qui favorisent alors la sédimentation des sables. Les espèces typiques des milieux graveleux de la réserve sont des plantes annuelles : Polygonum persicaria (la renouée), Bidens tripartita (le chanvre d'eau) et Ambrosia artemisiifolia (l'Ambroisie[1]). Parmi les espèces compagnes, on peut citer de nombreuses herbacées telles que Xanthium strumarium, Echinochloa crus-galli, Daucus carota, Lythrum salicaria, Plantago lanceolata, Chenopodium album, Arabis turrita, Brassica oleracea, Reseda lutea, Reseda phyteuma, Artemisia vulgaris, Alyssum allyssoides, Echium vulgare, Tussilago farfara, Artemisia verliotorum, Solanum dulcamara, Melilotus alba. Au plus prés de l'eau (Groupement de type 3), les bancs ne sont seulement colonisés depuis quelques semaines, d'autres plus éloignés depuis plusieurs mois. La hauteur et la granulométrie déterminent l'état hydrique qui varie de « sec » (Groupement de type 4) à « humide » (Groupement de type 5). La même espèce peut avoir un développement et un recouvrement très variable selon les conditions stationnelles. Le Polygonum persicaria, qui est l'espèce la plus commune, peut par exemple grainer sans dépasser 10 cm de hauteur (station « très sèche ») mais peut également former un peu plus loin une mégaphorbiaie atteignant deux mètres de hauteur, là où l'eau est affleurante ‘(station « très humide »).
Par ailleurs, de nombreuses espèces peuvent s'installer temporairement dans la réserve par l'intermédiaire de graines charriées par les eaux.
Les bancs de galets les plus élevés et protégés des crues de l'année (Groupement type 6) voient se développer une végétation bi-annuelle et ligneuse. Melilotus albus et Artemisia vulgaris forment des landes clairsemées sur les bancs les plus secs alors que les bancs humides sont envahis par les ligneux pionniers, composés de salicacées et d'aulnes. Un arbuste originaire de Chine : Buddleja davidii (arbre à papillon) maintenant subspontané s'est particulièrement bien adapté aux terrains sablo-caillouteux secs de la réserve et se mêle aux autres ligneux pionniers précédemment cités.
Les dépôts soumis à la submersion, mais situés dans une zone protégée par un embâcle formé de troncs et de branchages morts,, permettent l'accumulation d'éléments fins (argiles, limons). Ceci accroît la fertilité et permet l'implantation d'un grand nombre de plantules de peuplier noir (Populus nigra), colonisateur rapide de ces espaces libres (Groupement de type 7). D'autres arbustes peuvent également s'implanter dans les parties les mieux protégées et les plus profond du réseau de tressage à condition que ces milieux restent toujours humides (Groupement de type 8) ; il s'agit des saules avec essentiellement Salix purpurea, Salix elaeagnos, Salix triandra et Salix alba. D'une façon générale, le lit mineur est caractérisé par des sols nus alternant avec des poches plus profondes de sable consolidé et la végétation est plutôt de type herbacée avec un faible recouvrement, tandis que les ligneux, réduits au stade arbustif, sont rares.
Figure 1 : Recouvrement moyen des types d'habitats dans la bande active de la Drôme, relevé sur 5 transects dans le lit de la Drôme au Rouet, commune de Eurre en août 2002.
Des groupements aquatiques associés peuvent se développer dans des bras secondaires délaissés par les crues. Ils sont alimentés au moins une partie de l'année par l'eau de la nappe phréatique alluviale. Ces milieux, alimentés par des sources, sont appelés localement des « Freydières »(Groupement de type 9). Dans la Ramière amont, la freydière principale est située rive droite sur Eurre entre le pipeline aval et l'entonnement des digues : Freydière des Rouets. Dans la Ramière aval, ces bras existent sur les deux rives : Freydière d'Allex et Freydière de Grâne. Par extension, les canaux de la plaine alluviale (non soumis à la dynamique fluviale) sont également appelés Freydières sur Allex et sur Grâne. Ces canaux traversent la réserve sur Allex : Canal des Moulins, Canal des Noyers, Canal de Gouillasson. Les espèces typiques de ces habitats aquatiques sur des héliophytes et des hydrophytes sont les suivantes : Chara sp., Nasturtium officinale, Veronica anagallis-aquatica, Potamogeton x-fluitan, Potamogeton coloratus, Groenlandia densa, Alisma plantago-aquatica, Apium nodiflorum, Typha angustifolia ... etc.
Ilots à Salix eleagnos, Salix purpurea et Populus nigra
Habitat correspondant : Saulaies pionnières (24.224)
Légèrement en retrait du lit vif, ou, au niveau d'îles individualisées par la séparation d'un des bras principal du cours d'eau, en 2 voire 3 sections à débit moins rapide, une lande de ligneux arbustifs peut s'implanter généralement à l'abri d'un embâcle. La couche superficielle limono-sableuse peut, dans de tels endroits, atteindre 10 à15 cm d'épaisseur (d'après plusieurs sondages du sol réalisés à la tarière). En effet, les eaux de la rivière qui sont, soit plus calmes, soit trop éloignées de ces groupements, permettent l'accumulation de dépôts, quasiment autant sableux que limoneux, et non remaniés pendant quelque temps. L'implantation des premiers ligneux favorise également ces dépôts. Ces sols plus profonds et souvent très humides accueillent alors des espèces hygrophiles arbustives, comme des saules au port "en boule", Salix eleagnos, Salix purpurea et Salix triandra, le peuplier noir et l'arbre à papillon. Les espèces herbacées accompagnant ces landes à saules comprennent entre autres Solidago glabra (la verge d'or), Pastinaca sativa, Equisetum palustre, Eupatorium cannabinum, Phalaris arundinacea, Angelica sylvestris, elles aussi indicatrices d'un milieu humide. De tels groupements peuvent bien sûr disparaître lors des crues les plus violentes de la Drôme, mais ils réapparaissent ensuite, soit à leur précédent emplacement, soit dans d'autres secteurs propices, nouvellement créés par la rivière. Reynoutria sachalinensis n'est pas signée comme invasive et semble se limiter aux embâcles.
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Code Corine |
Intitulé de l'habitat |
Surface |
|
24.225 |
Rivière sub-méditerranéenne à saulaies à Salix eleagnos (Salicetum elaegno-purpureum) et à débit permanent à Glaucium flavum |
165,1 |
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22.11 |
Eaux oligo-mésotrophes calcaires avec végétation benthique à characées. |
4,0 |
|
22.13 |
Eau eutrophe (Canal des Moulins d'Allex) |
0,3 |
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24.1 |
Ruisseau courant (ruisseaux affluents de la Drôme) |
1,7 |
|
24.224 |
Saulaies pionnières (saulaie vieillissante) |
4,3 |
|
24.4 |
Végétation flottante de renoncules des rivières submontagnardes ou planitiaires |
10,0 |
Espèces patrimoniales :
Faune :
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Nom français |
Nom latin |
Remarque critère |
|
Agrion de Mercure |
Coenagrion mercuriale |
Population importante |
|
Aigrette garzette |
Egretta garzetta |
Zone d'alimentation majeur 100 / 200 en saison de reproduction |
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Apron |
Zingel asper |
12 individus observés en 1997, 1 en 2001. |
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Castor d'Europe |
Castor fiber |
12 familles sur la réserve habitat remarquable |
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Chevalier guignette |
Tringa hypoleucos |
Halte migratoire importante sans nidification régulière |
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Gomphus similaire |
Gomphus simillimus |
Nombreuses exuvies dans les freydières |
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Martin-pêcheur d'Europe |
Alcedo atthis |
5 couples nicheurs |
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Petit Gravelot |
Charadrius dubius |
20 couples nicheurs régulièrement |
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Toxostome |
Chondrostoma toxostoma |
Espèce assez fréquente |
A noter que certains insectes peuvent également présenter ici une forte valeur, notamment les criquets et les cicindèles.
Flore protégée au niveau régional :
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Carduis monspessulanus L. |
Ou Cirsium monspessulanum |
Espèce assez fréquente au bord des freydières |
État de conservation dans la réserve :
Longtemps bouleversés par les extractions de granulat, ces milieux ont retrouvé une grande qualité. Ces groupements alluviaux pionniers sont devenus très rares en Europe[2] et la réserve des Ramières[3] constitue certainement un site exceptionnel du fait de sa dimension et de son fonctionnement naturel. Ces groupements sont en effet les premiers à disparaître lorsqu'un cours d'eau est corrigé ou que son régime des eaux est modifié par des barrages.
Les groupements pionniers sont facilement colonisés par les ambroisies, plante annuelle exotique jugée indésirable en raison de sa production de pollens allergisants.
L'autre menace qui pèse sur ces milieux est l'eutrophisation des eaux. Depuis dix ans, la situation n'a cessé de s'améliorer sur la rivière Drôme grâce à la construction des stations d'épuration qui traitent actuellement 80 % des rejets à la rivière sur le bassin de la Drôme.
La nappe phréatique semble encore assez bien protégée de la pollution par des nitrates (valeur comprise entre 10 et 15 mg par litre) et par des herbicides nécessaires à la culture du Maïs.
Le programme de suivi « odonates et hydrophytes » mis en place dans la réserve naturelle vise à suivre l'évolution à long terme de ces habitats aquatiques.
c/ Saussaies à Salix alba
Habitat correspondant : Salicion albae (44.3S)
Ce type de groupement s'installe sur des dépôts sablo-limoneux pouvant atteindre 15 à 50 cm d'épaisseur en bordure du lit mineur de la Drôme. Bien que situés au-dessus des saulaies pionnières, ces milieux restent humides en raison de la proximité de la rivière et cela d'autant plus, qu'ils sont parfois soumis au passage de la crue. Le sol est suffisamment profond pour qu'une strate arborescente, composée essentiellement de Salix alba, Salix viminalis, Populus nigra mais étoffée par d'autres essences comme Populus alba, Fraxinus excelsior, Alnus glutinosa et par endroits Alnus incana, se développe. L'aulne blanc est moins tolérant que l'aulne glutineux aux sols hydromorphes, et fuit donc les dépressions du terrain qui favorisent, en se gorgeant d'eau, des conditions d'anoxie nuisibles aux racines. Une strate arbustive, assez pauvre, se maintient tout de même avec des espèces comme les saules au port "en boule", le cornouiller sanguin (Cornus sanguinea) et le fusain d'Europe (Evonymus europaeus). La strate herbacée se caractérise par des espèces nitrophiles liées à de petites cavités du sol où se concentrent les limons : Solidago glabra, Rumex crispus, Galium aparine, Urtica dioica, Eupatorium cannabinum... Cette strate regroupe également des espèces hygrophiles, dans les dépressions humides, telles que Carex pendula, Rubus caesius, Equisetum palustre, Typha latifolia... ainsi que des graminées, comme Phalaris arundinacea, qui sont également bien représentées.
Code Corine Intitulé de l'habitat Surface
44,3 Salicion albae 33,0
Espèces patrimoniales :
Faune :
Nom français Nom latin Remarque critère
Bouscarle de Cetti Cettia cetti Nicheur régulier
Castor d'Europe Castor fiber
12 familles sur la réserve habitat remarquable
Petit Mars changeant Apatura ilia Présent sur tout le territoire de la réserve
État de conservation dans la réserve :
Il s'agit de formation dynamique et de surfaces variables au fil du temps sur la réserve. Les saulaies blanches les plus remarquables sont installées sur la commune de Chabrillan, au voisinage immédiat des affluents de la Drôme : le ruisseau de Lambre et le ruisseau St Pierre. Ces boisements peuvent être menacés par un entretien excessif des berges de ces cours d'eau.
d/ La forêt alluviale
Largement en retrait du lit mineur, le sol s'approfondit encore. Ces sols limono-argilo-sableux à dominante limoneuse sont très fertiles et leur épaisseur peut varier de 50 à 80 cm selon les endroits. Leur élaboration correspond à des crues très anciennes au cours desquelles de grandes quantités de matériaux ont été charriées. En effet, le lit de la rivière a changé plusieurs fois au cours des siècles et à chaque fois que la Drôme s'est retirée, elle a laissé derrière elle des terrasses alluviales riches en éléments fins et favorables à l'installation de la ripisylve.
Forêt mésohygrophile riche en espèces arborées : Frênaie à peuplier noir avec faciès à érables et à peupliers blancs
Habitat correspondant : Populion nigrae (44.3P)
Code Corine Intitulé de l'habitat Surface
44.3 Forêt alluviale résiduelle des rivières : Populion nigrae 99,0 ha
Sur sol profond, située à proximité du lit mineur mais en retrait des landes à saules et des saussaies, se développe une forêt riche en espèces arborescentes. Cette forêt peut être qualifiée de fraîche car elle bénéficie des crues les plus importantes de la Drôme et le sol riche en éléments fins permet une bonne rétention de l'eau. Ces conditions sont remplies par une zone située dans la Ramière amont, en rive droite, à l'entrée du secteur endigué et qui sur les photos aériennes de 1932 apparaît baignée par un bras de la Drôme. Cette forêt est dominée par le frêne (Fraxinus excelsior et F. angustifolia) et le peuplier noir, mais de nombreuses autres espèces sont fréquentes ; en particulier les érables : Acer campestre, Acer platanoïdes, Acer pseudoplatanus, Acer opalus et les peupliers blancs et grisards : Populus alba et Populus canescens. Ces derniers sont plus des espèces héliophiles que des espèces de milieux humides. Les peupliers blancs se sont maintenus dans cette forêt par multiplication végétative après s'être installés au stade pionnier. La strate arbustive est composée également d'espèces plutôt mésophiles : Ligustrum vulgare (troène), Crataegus monogyna (aubépine), Cornus sanguinea (cornouiller sanguin), Evonymus europaeus (fusain), Lonicera xylosteum, L. etrusca, L. japonica (chèvrefeuilles), Hedera helix (lierre), Clematis vitalba (clématite) et Humulus lupulus (houblon). L'érable de Montpellier (Acer monspessulanus), essence méridionale, se rencontre aussi dans cette formation végétale, les conditions climatiques auxquelles est soumise la réserve lui étant favorables.
Du point de vue dynamique, cette forêt évoluera plutôt vers une frênaie-chênaie pubescente. En effet, quelques chênes pubescents peuvent y être distingués, mais les conditions étant relativement favorables (humidité du sol), le frêne se maintiendra. Des faciès à érables et à peupliers noirs existent également.
Espèces patrimoniales : Faune : Nom français Nom latin Remarque critère Faucon hobereau Falco subbuteo 3 couples nicheurs, zone de chasse Hibou moyen-duc Asio otus Nicheur certain Lézard des souches Lacerta agilis Station en limite de répartition Milan noir Milvus migrans 20à 30 couples nicheurs Pic épeichette Dendrocopos minor Nicheur certain
État de conservation dans la réserve : L'humidité relative des forêts alluviales et la fertilité des alluvions sont propices aux arbres à croissance rapide. Ces essences sont également soumises à des évènements catastrophiques comme les crues, la sècheresse, la neige, le vent ... qui affectent la dynamique et la composition des boisements. La richesse floristique et architecturale des forêts alluviales de la Drôme est importante malgré la jeunesse des peuplements. En effet, certainement peu d'arbres on plus d'un siècle. Les types de peuplements qui se succèdent vont des stades pionniers (semis herbacés ou salicacés) aux forêts de bois dur en pleine croissance. Le habitat forestier occupe une part très importante sur le territoire de la réserve, près de 100 ha. Ces boisements sont naturels et spontanés. Ils ont une origine strictement alluviale. Il s'agit essentiellement de bancs de galets de la Drôme qui ont été colonisé par des semis de Peupliers noirs. Les sols se sont formés au fil des crues par des dépôts d'alluvions fins, sables, limons et argiles. Il n'y a pas d'exploitation forestière de cette forêt, tout au plus, quelques arbres en cépées témoignent des coupes anciennes et ponctuelles. La ripisylve fait l'objet d'un suivi à long terme de 80 placettes sur le territoire de la réserve dans le cadre d'un programme national de Réserves Naturelles de France.
Forêt mésoxérophile diversifiée : lande haute à frênes, robiniers et pins sylvestres Habitat correspondant : Populion nigrae (44.3P) Code Corine Intitulé de l'habitat Surface Populion nigrae sec 28,2 ha Loin du lit vif de la rivière, on trouve quelques espaces où le sol est moins épais (le substratum de graviers a été découvert à 25 cm environ grâce à la tarière), mais toujours constitué d'éléments fins. Les crues n'y déposent que rarement leurs alluvions. L'ambiance est sans contexte moins humide que précédemment, mais des zones à molinie (Molinia coerulea) indiquent une relative fraîcheur résultant de la rétention des pluies hivernales et printanières. Par exemple, toujours dans la Ramière amont, en rive droite, non loin du secteur endigué, une telle zone a été découverte. L'étude des photos aériennes montre qu'en 1932, comme aujourd'hui, elle était hors d'atteinte des crues de la Drôme et il faut remonter jusqu'à 1818 pour voir sur le cadastre napoléonien qu'un bras de la rivière passait non loin de là. Le sol n'étant pas accessible aux divagations de la Drôme, est plus sec, mais son fort pouvoir de rétention lui permet de rester relativement frais. Ainsi la strate arborescente (assez peu développée mais en cours d'extension) présente une belle diversité de ligneux : Robinia pseudoacacia (espèce subspontanée originaire d'Amérique du Nord), Fraxinus excelsior, Pinus sylvestris, Acer platanoides, Populus alba et P. canescens (ces deux derniers étant beaucoup moins fréquents que dans la formation précédente). La strate arbustive est également bien développée : Cotinus coggygria (sumac), Lonicera xylosteum, L. etrusca, Ligustrum vulgare, Cornus sanguinea, Prunus mahaleb (bois de Sainte Lucie), Coronilla emerus, Crataegus monogyna et localement Salix eleagnos ainsi qu'Hyppophae rhamnoïdes (argousier). Les quelques saules présents le sont grâce à l'existence en 1818 d'un bras de la Drôme passant près de cette zone ; ils se sont alors installés puis se sont perpétués dans des dépressions plus fraîches retenant l'eau. Leur origine peut encore être plus ancienne et remonte à la fin du XVIIIème siècle (1774), date à laquelle on peut vérifier, sur le plan géométral, que le lit mineur de la Drôme occupait ce secteur. Ces espèces révèlent un milieu un peu plus sec (sumac, argousier, bois de Sainte Lucie...) ; indication qui se retrouve au niveau de la strate herbacée avec la présence du Sedum sexangulare, Potentilla neumanniana, Blackstonia perfoliata, Centaurea paniculata, Centaurium erythrea... Ces espèces se rencontrent dans des sortes de clairières qui sont en train d'être rapidement fermées par les ligneux. Le chêne pubescent apparaît ici à la fois dans la strate herbacée et arborescente et cette formation devrait, du point de vue dynamique, évoluer plutôt vers une chênaie mais toujours avec une bonne représentation du frêne. Le pin sylvestre présent en tant que semencier risque de ne pas se maintenir car cette espèce de lumière a du mal à faire face à la concurrence des autres ligneux. Localement, sous les strates arborescente et arbustive des deux derniers groupements décrits apparaît Brachypodium phoenicoïdes ce qui constitue également un bon indice de l'évolution de la ripisylve vers une chênaie pubescente. Il faut également mettre en évidence le fait que la forêt mésoxérophile précédemment analysée ne peut être considérée comme un groupement parfaitement homogène et bien défini. En effet, cette lande haute à frênes, robiniers et pins sylvestres correspond plutôt à une mosaïque de petits groupements végétaux, étroitement imbriqués, et dont il est difficile de déterminer clairement quelles sont les espèces caractéristiques de l'un ou de l'autre. On peut notamment distinguer des prairies à molinie (habitat correspondant = Molinion (37.31) qui sont au moins au nombre de deux dans la zone étudiée, au niveau de la Ramière amont. Sur des sols argilo-limoneux humides et assez profonds (* 25 cm), un cortège d'herbacées typiques du Molinion a été observé, avec entre autres : Succisa pratensis, Ophioglossum vulgatum, Sanguisorba minor, Genista tinctoria et bien sûr Molinia coerulea... Ces espèces plutôt mésohygrophiles même hygrophiles s'opposent aux herbacées et arbustes des clairières sèches énumérés un peu plus haut (argousier, Sedum sexangulare, Potentilla neumanniana...). Tous ces habitats particuliers (landes à aubépines et argousiers, prairies à molinie, pelouses sèches) sont entremêlés avec de nombreux ligneux, en pleine expansion, qui les dissimulent. Il serait donc intéressant de mener une étude plus complète de ces groupements afin d'en révéler toute la richesse et la diversité écologique. e/ Prairies alluviales : Lande xérophile à Populus nigra imbriquée avec une pelouse xérophile à Bromus erectus Habitat correspondant : Festuco-brometea (34.3) Quelques secteurs éloignés du lit mineur se caractérisent par des sols superficiels, très pauvres en éléments fins et constitués essentiellement de cailloutis calcaires. La nappe aquifère sous le sol caillouteux est située à une profondeur de 3 à 5 mètres. Une telle zone est présente dans la Ramière amont, en rive droite, à hauteur du pipeline situé non loin du canal du Merdary. Elle se caractérise par une strate arborescente très pauvre dominée par le chêne pubescent. La strate arbustive plus fournie est composée essentiellement du peuplier noir, du chêne pubescent et de quelques saules drapés. Leur présence en retrait du lit mineur s'explique comme précédemment par le fait qu'en 1932 (photos aériennes), cette zone était localisée dans le lit mineur de la Drôme, de même en 1818 (cadastre napoléonien) et en 1774 (plan géométral). L'absence de jeunes saules dans la strate herbacée confirme le caractère ancien de leur implantation. Par ailleurs, de jeunes peupliers noirs et d'autres plus âgés sont également présents, ce qui paraît surprenant sur un sol aussi sec ; mais cette espèce pionnière a pu s'implanter dans les dépressions humides les années de fortes pluies et résister ensuite grâce à sa faculté à développer de longues racines pour puiser l'eau en profondeur, d'autant plus que la concurrence d'autres ligneux est encore relativement faible. La strate herbacée, bien étendue, comprend un cortège de plantes xériques et méditerranéennes : Fumana procumbens, Cephalaria leucantha, Potentilla neumanniana, Astragalus monspessulanus, Lavandula latifolia, Centaurea paniculata, Argyrolobium argenteum, Helianthemum appeninum, caractéristiques d'un groupement décrit dans le document de cartographie écologique de l'Ain (1986) comme une pelouse xérophile à Bromus erectus. Cette pelouse est particulièrement bien épanouie le long du transect sous lequel passe le pipeline car ce dernier a été défriché en 1972. Dès que l'on sort de cette zone, on se retrouve dans une lande à Populus nigra avec une strate arbustive composée de nombreux phanérophytes : Salix eleagnos, Crataegus monogyna, Ligustrum vulgare, Lonicera xylosteum, Viburnum lantana, Rhamnus cathartica, Clematis vitalba... Dans cette lande, le développement de Quercus pubescens est très net et cette espèce prend le pas sur le peuplier noir et les autres arbustes. Le chêne pubescent apprécie ici le petit côté méridional de la Réserve, douceur climatique couplée à des précipitations annuelles relativement importantes (P = 900 mm). Du point de vue dynamique, cette formation évoluera sans aucun doute vers une chênaie pubescente avec peut-être quelques frênes mais comme espèce compagne et non plus structurante. Dans la Ramière aval sur la rive gauche, une zone, caractérisée par un sol caillouteux et une nappe un peu moins profonde (2 m environ), possède une végétation qui rappelle ce type de groupement. Cette zone, localisée en rive gauche, s'étend tout le long du secteur aval et prend une forme en croissant en retrait du lit mineur. Là aussi, on a affaire à une lande à Populus nigra où se mêlent de nombreuses essences plutôt xérophiles telles qu'Hyppophae rhamnoïdes, Amelanchier ovalis, Rhamnus alaternus. On y rencontre les mêmes espèces herbacées que celles précédemment citées (pelouse à Bromus erectus) et d'autres généralement plus inféodées au lit mineur. Par exemple, on trouve Salix eleagnos, Salix purpurea et des espèces carrément hygrophiles comme Salix alba, Alnus glutinosa et Alnus incana. La présence de ces espèces sur un tel type de sol peut paraître étonnante mais les photos aériennes de 1932 et 1972 montrent que la zone incriminée est située en plein dans le lit de la Drôme et que ce n'est qu'après les aménagements réalisés par l'entreprise Gravidrôme que cette zone a été coupée de la rivière. Depuis maintenant 20 ans, elle évolue dans une ambiance plus sèche et quelques chênes pubescents commencent à apparaître dans les strates herbacées et arbustives. Il est probable que dans quelques décennies cette zone ressemblera à celle décrite dans la Ramière amont.
Espèces patrimoniales : Faune : Nom français Nom latin Remarque critère Huppe fasciée Upupa epops Nicheur très irrégulier Putois Mustela putorius Espèce fréquente dans la réserve Lapin de garenne Oryctolagus cuniculus Espèce fréquente dans la réserve Crapaud calamite Bufo calamita Espèce fréquente dans la réserve Flore Nom flore Remarque critère Bombycilaena erecta Espèce fréquente dans les pelouses alluviales Iberis pinnata L. Stations en limite de cultures Nigella arvensis L.subsp. hispanica sensu 1 100 pieds fleuris sur Eurre Ornithogalum nutans L. Une station d'une trentaine de pieds Barlia longibracteata Parl. 3 pieds fleuris en 1999 (Eurre), 1 pied sur Allex Ophioglossum alpinum Rouy = Ophioglossum vulgatum L. Espèce fréquente en ripisylve
État de conservation dans la réserve : L'évolution spontanée des prairies est très lente en raison de la pauvreté du substrat. La tendance à la fermeture (par la dominance des espèces ligneuses) est assez générale à l'échelle de la décennie. Les deux secteurs les plus riches (qui ont conservé le meilleur potentiel) sont les secteurs fauchés annuellement au niveau des pipelines. Ce constat conduit le gestionnaire de la réserve à mettre en place son propre programme de fauche sur des secteurs de prairies alluviales qui ne sont pas entretenus depuis des décennies.
f/ Groupements particuliers
Lande mésoxérophile à chêne pubescent Il s'agit d'une zone de la Ramière amont, rive droite, localisée à l'entrée du secteur endigué et isolée de la ripisylve s'étendant dans le lit majeur, par cette même digue, construite vers 1820, et par une digue plus ancienne datant de 1750. Cette zone ayant approximativement la forme d'un triangle est caractérisée par un sol assez limoneux et moyennement profond, relativement sec du fait qu'il est coupé de la rivière mais dont la capacité à retenir l'eau est assez importante. Dans ce secteur, une plantation de platanes peut être observée et apparaît sur les photos aériennes de 1932, les arbres sont toujours vivants mais assez chétifs car ce milieu trop sec ne leur convient guère. La formation végétale de cet espace triangulaire correspond à une lande en train de se fermer rapidement avec l'émergence d'espèces héliophiles et mésoxérophiles telles que Pinus sylvestris, Quercus pubescens et Robinia pseudoacacia pour la strate arborescente et Genista scorpius, Cotinus coggygria, Crataegus monogyna, Cornus sanguinea, Prunus mahaleb, Lonicera etrusca, Ligustrum vulgare pour la strate arbustive. Par endroits, des clairières présentent des herbacées elles aussi xérophiles comme Genista tinctoria, Inula salicina, Teucrium polium, Dorycnium hirsutum, Dorycnium subfruticosum, Scutellaria galericulata, Festuca ovina, Catananche coerulea et Molinia coerulea indicatrice d'une bonne rétention de l'eau par le sol. Dans ces pelouses apparaissent des orchidées du genre Orchis et Ophrys mêlées aux sédums ce qui confère à ces milieux secs, ouverts, une grande importance botanique. Cet endroit n'est pas le seul à accueillir les nombreuses espèces d'orchidées (17) recensées dans les Ramières. Ces plantes parfois si rares et toujours fascinantes ont été signalées dans cinq secteurs de la Réserve, mais pourraient être rencontrées dans d'autres recoins. Ces cinq zones se répartissent en majorité dans la Ramière amont au niveau du puits grillagé de la commune d'Eurre, de l'espace triangulaire jouxtant la zone endiguée, et de deux autres zones isolées au milieu de la ripisylve amont alors que dans la Ramière aval, seul un secteur localisé sur la commune de Grâne a été découvert. La plupart des orchidées observées appartiennent au genre Orchis telles l'orchis bouc (Himantoglossum hircinum), l'orchis militaire (Orchis militaris), l'orchis pyramidal appréciant les milieux très secs et ensoleillés (Anacamptis pyramidalis), l'orchis géant protégé (Barlia robertiana), l'orchis pourpre (Orchis purpurea) et l'orchis singe (Orchis simia). Le reste des orchidées regroupe quelques Ophrys : l'ophrys abeille (Ophrys apifera), l'ophrys frelon (Ophrys buciflora), l'ophrys bécasse (Ophrys scolopax) et l'ophrys mouche (Ophrys insectifera), mais également d'autres genres avec des espèces telles que : Cephalanthera rubra, Epipactis helleborine, Epipactis muelleri, Gymnadenia conopsea, Listera ovata, Limodorum abortivum et Platanthera bifolia. Cette lande si on la laisse évoluer, tendra vers une chênaie pubescente, au vu de la belle régénération de cette espèce dans les strates herbacées et arbustives. Quelques îlots de pins sylvestres pourront se maintenir selon la présence ou non de semenciers dans l'environnement immédiat. Quelquefois des faciès à peupliers blancs dominent, ils résultent du maintien par drageonnage de jeunes plants pionniers s'étant installés lorsque cette zone vers 1818 était localisée à proximité d'un bras de la Drôme et soumise aux crues (sur le cadastre napoléonien, ce secteur est indiqué en tant que saulaie), ou encore plus tôt lorsque vers 1750, la zone était carrément incluse dans le lit mineur de la rivière (plan géométral, 1774). Les peupliers noirs eux sont totalement absents car ils préfèrent coloniser des sols caillouteux plus aérés que le sol limoneux existant et ne se sont donc pas maintenus. Groupement post pionnier avec Populus alba et Robinia pseudo acacia Ce secteur localisé non loin du précédent correspond à une large bande jouxtant la voie ferrée juste avant le puits grillagé de la commune d'Eurre. Le sol à dominante limono-argileuse est profond, le substratum caillouteux n'étant atteint qu'à partir de 35 à 110 cm d'épaisseur. Ceci n'est pas vraiment surprenant car lorsqu'on considère les photos aériennes de 1932, elles montrent que cette bande de forêts alluviales repose sur une ancienne prairie de fauche. Le sol est donc bien aéré, fertile et a une forte capacité à retenir l'eau. La ripisylve possède une strate arborescente bien développée avec les essences dominantes suivantes : Populus alba, Populus canescens, Acer platanoïdes, Acer campestre et Robinia pseudoacacia. Ces espèces héliophiles pionnières laissent progressivement la place au frêne qui apparaît nettement dans un sous-bois assez dense. Ce groupement post pionnier qui s'est installé dans une ancienne prairie relativement fraîche va évoluer vers une frênaie à feuillus divers, avec 5 espèces d'érables par exemple. Par contre, la strate arborescente à Populus alba et robinier correspond plus à un stade de transition qui est en train de disparaître (très nombreux arbres morts). La raison de cette évolution réside peut-être dans le fait que la nappe aquifère relativement profonde dans ce secteur continue à descendre sous l'effet du processus d'incision ; les espèces hygrophiles telles que les peupliers souffrent alors du manque d'eau.
[1] Espèce invasive originaire d'Amérique du Nord qui est apparue dans les Ramières dans les années 1980.
[2] Ces milieux ont quasiment disparu dans les plaines de Suisse, d'Allemagne, de Belgique et d'Angleterre par exemple. Certaines espèces caractéristiques comme Glaucum flavum ou Apium nodiflorum ont totalement disparu de Suisse.
[3] La réserve des Ramières s'entend sur 10 km le long de la Drôme, mais ces habitats pionnier sont présent sur au moins 80 km le long de la rivière, sur une surface estimée à 1000 ha.
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